Petit partage spirituel en quarantaine                           De Benoît Ischer

Frères et sœurs en Christ de notre paroisse de Saint-François – Saint-Jacques ! Je me réjouis de pouvoir vous écrire ces quelques lignes et vous témoignez le plus directement possible de mon affection en cette période de confinement. Toutes et tous sommes différent.e.s dans notre manière de vivre cet isolement : étant de nature assez solitaire, je ne me sentais pas – au départ – inquiété par ces mesures conséquentes… surtout que pour moi, cette période a commencé par deux semaines de mobilisation au sein de la Protection Civile. Je fus donc tout sauf isolé. Mais je me rends compte, particulièrement en cette période de Pâques, la nécessité des moments de communautés pour se ressourcer, s’encourager, bref, se témoigner de l’amour. Et ces instants précieux (entre-autre vécus avec vous depuis que j’ai rejoint la paroisse !) me manquent … car si les cours, les obligations et le travail continuent, il manque terriblement les espaces de ressourcements qui m’aident à trouver l’énergie de me donner à fond dans tout ce que je fais. Ainsi, je vis dans l’espérance des jours de retrouvailles, de partages simples mais essentiels avec vous. J’espère que ce petit partage vous trouvera, chacune et chacun, dans la meilleure santé possible et soyez assurés que je vous porte en pensées et prières.

Une parole pour cette quarantaine !

Ces derniers temps, pour donner du sens à cette période particulière et après mes jours de mobilisation, j’ai beaucoup repensé au sens du Sabbat. Le Christ a dit : « Le Sabbat a été fait pour l’humain, et non l’humain pour le Sabbat » (Mc 2,27). Habituellement, dans mes réflexions, je considérais que la seconde partie de cette parole pour appuyer la manière dont nous devons nous reposer sur les règles et les lois quand cela nous est bon et non nous y soumettre aveuglement. Mais durant ce confinement, alors que notre monde se met à l’arrêt, c’est la première partie de ce verset qui m’inspire : car le Christ nous a appris que, profondément, nous avons droit au repos et que le temps du Sabbat est fait pour nous. Un temps de sobriété, parfois difficile à gérer tellement j’ai l’habitude de vivre dans l’intensité, offert de sorte que nous revenions à l’essentiel : Dieu.

Alors du mieux possible j’ai pris au sérieux ce temps donné. Je limite mes contacts, je ne cherche pas à être dans l’hyper-productivité, la performance, etc., je repose humblement mon être et ne me fixe comme seule priorité celle de me tourner vers Dieu. C’est très contre-intuitif et pourtant c’est vital car notre repos véritable, notre plénitude et notre accomplissement ne se trouvent qu’en Dieu seul. C’est ce que rappelle le Sabbat selon moi. De plus, en Eco-théologie (soit la théologie qui traite des enjeux socio-environnementaux), cette notion de Sabbat est souvent mise en avant : « 4. Mais la septième année sera un sabbat, un temps de repos pour la terre, un sabbat en l’honneur de l’Eternel : tu n’ensemenceras pas ton champ et tu ne tailleras pas ta vigne, 5 tu ne moissonneras pas ce qui proviendra des grains tombés de ta moisson et tu ne vendangeras pas les raisins de ta vigne non taillée. Ce sera une année de repos pour la terre. 6 » (Lév. 25,4-6). Nous avons tout.e.s vu passer ces images d’une Création qui souffle brièvement pendant que nous limitons nos activités. Plus que jamais cette période nous enseigne, au-delà des enjeux sanitaires, que de notre sobriété humaine apparaît la vie.

C’est quoi Pâques pour moi ?

Dieu fit Alliance avec Noé, avec Moïse, par la voix des Prophètes et renouvela Son Alliance par la Croix et la résurrection du Christ. Pour moi, Pâques enseigne la radicalité transformatrice de l’Amour de Dieu pour sa Création. Nous, humains, sommes pécheurs. Sans y voir directement un abaissement moral écrasant, il s’agit avant tout de reconnaître que l’être-même de l’humain est faillible. Dans cette faillibilité humaine, tous les comportements peuvent apparaître : notre monde le rappelle sans cesse. Mais Pâques représente l’éternelle brèche qui donne la voie à suivre ; le phare dans cette brume de faillibilité. Dieu nous aime ainsi et son

Amour, symbolisé ultimement dans la Croix, doit faire appel d’air dans nos vies, nous toucher et radicalement nous transformer.

Car cette grâce qui est donné, cette grâce totale faite à l’humanité faillible par la mort et la résurrection du Christ est une grâce qui coûte – comme l’a bien rappelé Bonhoeffer : « Elle coûte parce qu’elle appelle à l’obéissance ; elle est grâce parce qu’elle appelle à l’obéissance à Jésus-Christ (…) La grâce coûte cher d’abord parce qu’elle a coûté cher à Dieu, parce qu’elle a coûté à Dieu la vie de son Fils. (…) La grâce coûte cher parce qu’elle contraint l’humain à se soumettre au joug de l’obéissance à Jésus-Christ. Mais c’est une grâce que Jésus dise : « Mon joug est doux et mon fardeau léger. » »1 Nous sommes disciple du Christ par et grâce à Sa Croix et sa Résurrection : Pâques regroupe pour moi, en un moment, la radicalité et l’Amour de Dieu. Il a donné son Fils pour nous. Nous qui le suivons, que sommes-nous prêt à donner pour suivre Son exemple ? Et pourtant, ce joug-là est doux…

Prière

Seigneur, Toi seul qui sait ce qui est juste et bon, tu nous permets de vivre, sur l’entier de la Terre, un temps différent. Tu es avec celle et ceux qui sont dans la souffrance, de la maladie, du deuil, de la solitude … ils et elles sont le Christ.

Tu es avec les médecins, avec les membres du personnel soignant, avec les anonymes qui permettent à la technique de nos hôpitaux de fonctionner, aux volontaires qui participent à

maintenir nos besoins vitaux, aux personnes engagés obligatoirement dans cette lutte… elles et ils sont le Christ.

Tu es avec les familles qui, enfermées chez elles, se retrouvent piégées dans leurs propres violences, avec les peuples autochtones d’Amazonie, déjà fragilisés, et qu’une telle maladie pourrait décimer, avec les employés, les employeurs qu’une telle précarité financière menace

profondément, avec les pays qui ne peuvent se prémunir complètement d’un tel danger… ils et elles sont le Christ.

Tu es avec celles et ceux qui tentent, à l’exemple de la situation que nous vivons, de faire comprendre à l’humanité la profondeur de ses fragilités et de ses finitudes, avec les lanceurs d’alertes, les prophètes qui crient et prêchent que nous devons, de cette crise, retenir une profonde sagesse… elles et ils sont le Christ.

Tu es avec nos proches, les personnes que nous aimons et dont nous sommes séparés, nos ami.e.s, paroissien.ne.s, frères et sœurs de la Création, etc., Tu es avec nous dans cet isolement que nous vivons, dans ce Sabbat à expérimenter, dans la solitude que nous ressentons et les souffrances qui peuvent en émerger … car là aussi, nous sommes le Christ. Ame

1 D.Bonhoeffer : le prix de la grâce – 1935 

 

 
 

 

 

_n° 2  Vendredi Saint

Petit partage spirituel de la quarantaine

Bonjour à vous, j’espère que vous allez bien, et que vous restez en lien avec celles et ceux qui vous sont chers. Je suis Noémie Emery, animatrice spirituelle engagée depuis septembre dernier dans le cadre du projet pionnier Open Source Church, et je tiens tout d’abord à vous dire ma joie de travailler dans la paroisse de Saint-François – Saint-

Jacques, car j’y vis ma foi de manière active, communautaire, concrète, nouvelle, et enrichissante. Je me réjouis de vous écrire et de créer de manière scripturaire et spirituelle un lien avec vous tou·te·s. Créer, conserver des liens : voilà le défi que nous sommes toutes et tous appelé·e·s à relever en cette période pour le moins particulière !

Une parole pour cette quarantaine

En effet, malgré l’angoisse et la tristesse engendrée par l’éloignement d’avec mes proches, je ne peux m’empêcher d’espérer que ce confinement saura nous apprendre à être toujours plus en relation les un·e·s avec les autres. En tout cas, il m’apprend à le faire de manière plus consciente, afin de surmonter les obstacles de la quarantaine. Je vous écris, en réfléchissant à chaque mot ; j’envoie des messages à mes ami·e·s pour savoir comment ça va ; je fais des appels vidéo avec ma famille, et nous avons tous vivement conscience de ce bonheur de communiquer, de partager nos émotions ; via internet aussi, je danse avec d’autres femmes chaque matin, je prie avec les collègues de la paroisse ; …

Oui, je vis ce temps comme un carême, car en étant privée de certaines choses, je peux me recentrer sur l’essentiel. Et cet essentiel est pour moi formulé ainsi par Jésus : « Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimé ». Une fois retourné vers son Père, le Christ n’a de loin pas cessé d’être présent pour chacun·e d’entre nous, bien au contraire. En tout temps, il nous aime, il est là pour nous, d’une manière parfois très subtile ; voilà l’exemple que j’ai envie de suivre, même

(et peut-être surtout) en ce temps de quarantaine. Et cela demandera de la créativité, quelques efforts, et beaucoup d’amour ! Être présent·e pour les autres, vraiment présent·e, quelle que soit la manière, c’est ce à quoi nous somme appelé·e·s par notre Seigneur. Ça, j’y crois.

C’est quoi Pâques pour moi ?

Alors que je vous écris, nous sommes vendredi saint, jour où nous nous souvenons de la mort de Jésus de Nazareth. C’est une perspective assez inédite pour moi de réfléchir à Pâques du point de vue de la mort, car il est vrai que je préfère l’oublier pour tout de suite me concentrer sur la joie de la Résurrection ! Et pourtant… sans l’expérience de la mort, point de résurrection.

Cette année plus que jamais, la leçon de Pâques réside pour moi dans cette acceptation totale du cycle de la Création, rythmé par la vie et par la mort, par le repli et le jaillissement, par les (re)(co)naissances et les deuils. Mais cette acceptation n’est pas le reflet d’un nihilisme désabusé, bien au contraire : car après trois longs jours d’un silence de mort, Jésus a pu proclamer de vive voix la victoire éternelle de la Vie !
La mort est un mystère qui nous échappe, mais nous pouvons toujours garder espoir en ce qui est caché, en ce qui est entre les mains de Dieu.
Oui, Vendredi Saint est un jour qui me questionne, m’inquiète, me déroute. Mais Dieu me dit : « Aie confiance. Sais-tu seulement quelle joie tu vas vivre dans trois jours ? »

Prière

Mes appels
mes détresses mes râles
mes angoisses mes gerbes noires

C’est tout pour Toi

Mes vides
mes absences
mes déroutes
mes écarts
mes mots évanouis

C’est tout en Toi

Ma joie
mon blé
mon vin de feu mon feu sans fin mon feu

C’est Toi

Vers Toi

Quand j’appelle, Tu réponds, Dieu, ma justice, écoute ma prière. Psaume 4

AMEN

(tiré de : Chants du Silence. Les Psaumes pour aujourd’hui, d’Alain Lerbret)

 

 

_n° 1  En vue de Pâques

De coeur à coeur

Très chères paroissiennes, très chers paroissiens, nous pensons très fort à vous en cette période si particulière de quarantaine : « loin des yeux mais pas loin du coeur! ». N’hésitez pas à nous faire remonter vos demandes et vos besoins, nous serons à votre écoute avec plaisir. Notre prière est qu’en ce temps exceptionnel où nous sommes séparés, nous voyons Dieu agir d’une manière

exceptionnelle dans l’intimité de nos foyers et de chacune de nos vies. Quelle meilleure occasion que celle-là pour approfondir notre lien à Celui dont l’Esprit nous rejoint où que nous soyons et où que nous en soyons ! Celui qui nous aime comme nul autre transcende toute limite sanitaire et c’est une bonne nouvelle !

Une parole pour cette quarantaine

Ces dernières semaines, je pense beaucoup à la symbolique du désert dans la bible. Lieu aride, effrayant et désespérant s’il en est, lieu terrible de vide, de solitude et de manque ! Lieu au goût de mort. Le désert… voici pourtant, paradoxalement, LE lieu de prédilection pour Dieu. Dieu qui sans cesse, cherche à parler au coeur de l’homme « je la conduirai au désert et je parlerai à son coeur » (Osée 4.16). C’est ce qu’Il fait pour Abraham, Agar, Moïse, Elie et Jésus pour ne citer qu’eux. A chaque fois, c’est au pire de l’épreuve, dans le dénouement le plus total que se produit une rencontre avec le Dieu de Vie. Rencontre si intime, personnelle et intense que l’individu est transformé. C’est une nouvelle vie, un nouveau souffle, un nouveau départ. Voici le sens profond et splendide que prend cette quarantaine pour moi ! Voilà ce que Dieu veut ardemment offrir à chacune, chacun d’entre nous ! Personnellement. Alors même si c’est dur, (et cela le sera sûrement encore plus), même si parfois j’ai peur, même si souvent j’en ai marre et que je me sens seule, je veux me réjouir car j’ai un

rendez-vous avec Dieu ! Rien de moins qu’un rendez-vous avec le Dieu de Vie et d’Amour ! Ma prière est que nous puissions trouver dans ce temps de carême, dans la prière insistante, dans la lecture motivée de la bible, dans la méditation, dans la louange, seul ou en couple, en famille, un espace pour Le laisser nous restaurer, nous guérir, nous transformer et nous remplir de Sa paix ! Très chers frères et soeurs, dans ce temps qui mène à Pâques, Dieu lui-même nous donne rendez-vous : ne lui posons pas un lapin !

C’est quoi Pâques pour moi ?

Pâques est pour moi un antidote au désespoir. Trop souvent des pensées invasives et mortifères viennent s’immiscer dans mon esprit : « tu n’y arriveras jamais », « il ne changera jamais », « on ne parviendra jamais à », « ça ne sert à rien de » etc… Elles s’appliquent à moi-même, à mes proches, aux institutions publiques, aux autorités politiques, etc… Petit à petit, ces pensées me tirent vers le bas et je réalise soudainement qu’il y a des domaines où je n’ai tout simplement plus d’espérance. J’ai renoncé à toute forme d’espérance, me coupant par là-même de toute forme de combativité, de créativité, d’élan de vie et de joie. Parfois, pourtant, un éclair de lucidité traverse mon esprit : « Si Jésus est bel et bien revenu des morts… Si une bande de disciples craintifs et quelconques ont su impulser en quelques générations un tel essor du christianisme… alors c’est que c’est possible ! » Si la

puissance de vie dont parle le Christ est bel et bien réalité, et si elle opère encore dans le monde et vit en moi, alors, aucune cause n’est perdue. Quand je pense à Pâques, je retrouve de l’espoir ! Cet antidote contre le découragement, c’est à moi de l’utiliser constamment. C’est constamment que je dois m’en servir car nos médias ne sont pas forts en diffusion d’espérance. Le virus du désespoir progresse vite. A moi donc de me laver (non seulement les mains) mais les pensées avec la solution de Pâques !

Prière

Seigneur, Dieu compatissant, nous te remettons toutes celles et ceux de notre paroisse qui souffrent de la solitude. Toi qui a pleuré quand Lazare, dans son tombeau, était pour un temps éloigné des siens, donne-leur de sentir la douceur de ta consolation et l’étendue de ta tendresse pour eux. Donne-leur comme jamais, ton amitié en partage, toi qui ne nous appelle pas « serviteurs » mais « amis »!

Seigneur, Dieu médecin, nous te remettons toutes celles et ceux qui souffrent dans leur corps et celles et ceux qui luttent contre le virus, à l’hôpital et partout ailleurs. Toi qui a tant guéri et soigné, inspire le personnel médical, soutiens les malades et leurs proches par ton Esprit. Toi dont la guérison s’étend à la personne toute entière, guéris nos coeurs malades et ouvre-nous à l’amour de nos frères et soeurs en humanité !

Seigneur, Dieu de l’Eglise, nous te remettons tous nos frères et soeurs, qui, dans le monde entier, partage notre espérance. Toi qui a tout donné pour ton Eglise, réveille en ce temps de carême notre amour pour toi. Libère- nous de la peur et du désespoir. Attise notre amour les uns pour les autres, notre solidarité, notre engagement, notre foi et notre espérance. Et ainsi Ta lumière brillera au travers de nous !

Seigneur, Dieu du monde, nous te remettons tous les pays en proie à la pandémie et bien d’autres fléaux encore. Toi qui nous appelle à prier pour nos autorités, nous te demandons pour elles, clairvoyance, intégrité, sagesse, et forces renouvelées. Aide-les à travailler de concert pour le plus grand bien de tous et comprendre l’importance de l’entraide globale. Qu’elles trouvent en toi leur principale source de renouvellement et d’inspiration !

AMEN